Fin 1971, Serge accompagne Jane à Rome sur le tournage de "Les Diablesses" d'Anthony M. Dawson (né Antonio Margheriti). Il joue un inspecteur de police. Ensuite, dans "Trop jolies pour être honnêtes", de Richard Balducci, que le couple tourne au printemps 1972, en Espagne. Serge joue un gangster italien et compose la bande originale. Dans ce film, première comédie de Jane, on trouve parmi leurs partenaires, Elisabeth Wiener et Bernadette Lafont.
En 1973, Serge joue dans une dramatique télévisée, "Le Lever de rideau" ; histoire de Diane, petite fille de sept ans qui découvre le monde des adultes ; un cortège de déceptions dont elle n'est distraite que par la rencontre du Prince, magicien joué par Gainsbourg qu'on affuble d'une moustache. Robert Benayoun, avec qui Serge avait tourné "Paris n'existe pas" quelques années plus tôt, propose ensuite à Jane un film inspiré de Bunuel, "Sérieux comme le plaisir", et demande à Gainsbourg d'y faire une courte apparition.
Robert Benayoun : "Je l'ai engagé tardivement pour un petit rôle et il est entré d'emblée dans son personnage, le dernier représentant d'une secte dont l'objectif était de rendre les femmes heureuses."
Cependant, dans les salles, "Emmanuelle" fait un carton. Serge regrette de pas avoir accepté d'en faire la musique mais il aura sa revanche en composant la b.o. de "Goodbye Emmanuelle" trois ans plus tard.
Gainsbourg : "J'ai joué dans un court-métrage qui est resté à l'affiche pendant deux ans parce qu'il était programmé en complément de "Emmanuelle". Ca s'appelait "La Dernière Violette", sous-titré "Le Tueur de vieilles". Le tueur, c'était moi, bien sûr. Je jouais le rôle de l'effaceur : je zigouillais des vieillards à coups de seringue."
Le réalisateur de ce court-métrage se nomme André Hardellet, écrivain, dont c'est la première et dernière tentative au cinéma : il meurt la même année.
Le scénario de ce court métrage a été publié en 1991 dans le deuxième volume de ses oeuvres complètes, aux éditions Gallimard-L'Arpenteur.
Serge loupe une autre bonne affaire, début 1974, quand Bertrand Blier, pour qui il avait fait la musique de "Si j'étais un espion" (1967) lui propose de signer celle des "Valseuses" et qu'il repousse l'offre, n'aimant pas le film. Ils se retrouveront pour "Tenue de soirée"...
Gainsbourg réalise ensuite son premier film, "Je t'aime, moi non plus", relation hyperréaliste et tragi-comique dans un univers monochrome qui se pourrait situer indifféremment en Amérique, en France ou en Italie, d'un amour marginal brièvement vécu par deux êtres, Johnny (Jane Birkin) et Krass (Joe Dallesandro), homosexuel dont l'ami, Padovan (Hugues Quester), introverti et torturé, triture sans arrêt un sac en plastique. Johnny, petite Anglaise androgyne apparemment pure comme de l'eau de source, tient son surnom de garçon de ses petits seins.
On voit passer un paysan joué par Gérard Depardieu. Et Michel Blanc, visage blême et cheveux longs. Enfin il y a Nana, la chienne bull-terrier que Serge adore et qui hérite d'un rôle important, pivot humain dans un univers de désaxés, créditée au générique. Pour le tournage, qui dure huit semaines, a été construit un bar américain sur le champ d'aviation d'Uzès. Tous les samedis, c'est la fête. Serge joue de l'orgue ; on danse. Pour une scène de strip-tease glauque, il fait appel au groupe Au Bonheur Des Dames qui égrène un slow, une version ballocharde de "Je t'aime, moi non plus". La voix française de Joe Dallesandro est celle de Francis Huster.
Au hasard des échanges, on repère l'aphorisme : "L'amour est aveugle et sa canne est rose" ; et un futur début de chanson : "Cette fois je crois que nous sommes complètement ça y est... Mais c'est une question que c'est absolument ça ne fait rien..."
Michael Ferguson (biographe de Joe Dallesandro) : "Il était parfois étrange de travailler sur le set, à cause des relations tendues entre Jane et Serge, qui était particulièrement alcoolique à l'époque, ce qui a fait réfléchir Joe sur sa relation à l'alcool, ainsi que sur l'alcoolisme de son propre père."
Le film sort à Paris le 10 mars 1976.
Serge, dans "Lui" : "Il y a trois façons de diriger une actrice. La première : vers le bar. Facile. La deuxième : vers le lit. Facile. La troisième : devant la caméra. On peut ne pratiquer que cette dernière, bien sûr. Tout en espérant la deuxième. Douloureux. Ou, comme cela se pratique couramment, s'arrêter aux deux premières, après avoir promis la dernière. Dégueulasse. Il en existe une quatrième, que précède souvent, et comme par hasard, le refus de la deuxième. Vers la sortie. Pénible. On peut aussi faire un petit cocktail des trois premières.
Alors là, épatant. Mais, en cours de tournage, on risque alors de s'entendre dire à propos de telle ou telle réplique : "Ce truc-là, chéri, je le sens pas", comme si les rôles cinématographiques avaient des odeurs."
Gainsbourg et ses producteurs obtiennent de Michel Guy, Ministre de la Culture, que le film ne soit pas classé X. Les critiques dans "Le Figaro", "Télé 7 Jours", "La Croix" et "Libération" sont dures. Robert Chazal, également dans "France-Soir", et Henri Chapier, dans "Le Quotidien de Paris", semblent avoir compris le film. A la radio, François Truffaut en fait un panégyrique. Pierre Tchernia appelle Gainsbourg pour lui dire combien sa femme et lui ont été émus. "Positif" établit le lien entre "Je t'aime, moi non plus" et la peinture d'Edward Hopper.
Aux Etats-Unis, les bobines ne sortent jamais du bureau du distributeur à cause de la censure. Le film n'est distribué en Belgique qu'en juin 1984. En Grande-Bretagne, il est projeté dans un cinéma gay de Soho.
Symptomatique du malaise généré par le film : ceux qui y ont participé sont, dans les mois qui suivent, traités en pestiférés.
Au printemps 1978, alors que Jane tourne "Mort sur le Nil", Serge, qui l'accompagne comme à l'accoutumée, écrit un nouveau scénario, "Black-out". Il y imagine deux femmes et un homme bloqués dans une villa hollywoodienne lors de la grande coupure de courant. Un long huis clos oppressant, éclairé par les phares d'une Cadillac, lumière qui décline à mesure que s'épuise la batterie. Dans les rôles principaux, il pressent Jane, Isabelle Adjani et successivement Robert Mitchum, Dirk Bogarde, David Bowie et Alain Delon. Ce scénario hante Gainsbourg trois ans durant mais, quand sort un film américain lui aussi intitulé "Black-out", il laisse tomber le projet. Il n'en reste qu'une bande dessinée de Jacques Armand, publiée en 1983 par les Humanoïdes Associés.
Filmographie
En tant que réalisateur
* 1976 : Je t'aime moi non plus
* 1981 : Le Physique et le figuré (court-métrage)
* 1983 : Équateur
* 1984 : Clip de Morgane de toi de Renaud
* 1985 : Clip de Lemon Incest
* 1986 : Charlotte for Ever
* 1986 : Clip de Tes yeux noirs de Indochine
* 1987 : Clip de Charlotte For Ever de Charlotte Gainsbourg
* 1990 : Stan the Flasher
* 1990 : Clip de Amours des feintes de Jane Birkin
En tant qu'acteur
* 1959 : Voulez-vous danser avec moi ? de Michel Boisrond : Léon
* 1961 : La Révolte des esclaves de Nunzio Malasomma : Corvino
* 1962 : TETN de Nunzio Malasomma[réf. nécessaire]
* 1962 : Hercule se déchaîne de Gianfranco Parolini : Menistus
* 1962 : Samson contre Hercule de Gianfranco Parolini : Warkalla
* 1963 : Strip-tease de Jacques Poitrenaud : le pianiste
* 1963 : L'Inconnue de Hong Kong de Jacques Poitrenaud : le pianiste
* 1966 : Le Jardinier d'Argenteuil de Jean-Paul Le Chanois : Patrick Gérard
* 1967 : Toutes folles de lui de Norbert Carbonnaux[réf. nécessaire]
* 1967 : Estouffade à la Caraïbe de Jacques Besnard : Clyde
* 1967 : Carré de dames pour un as de Jacques Poitrenaud : l'homme qui demande du feu
* 1967 : Anna, comédie musicale de Pierre Koralnik, paroles et musiques de Gainsbourg : l'ami de Serge
* 1968 : L'Inconnu de Shandigor de Jean-Louis Roy : le chef des chauves
* 1968 : Vivre la nuit de Marcel Camus : Mathieu
* 1968 : Le Pacha de Georges Lautner : lui-même
* 1968 : Ce sacré grand-père de Jacques Poitrenaud : Rémy
* 1969 : Erotissimo de Gérard Pirès : l'homme louche
* 1969 : Slogan de Pierre Grimblat : Serge
* 1969 : Les Chemins de Katmandou d'André Cayatte : Ted
* 1969 : Mister Freedom de William Klein : M. Drugstore
* 1969 : Paris n'existe pas de Robert Benayoun : Laurent
* 1970 : Cannabis de Pierre Koralnik : Serge Morgan
* 1971 : Le Voleur de chevaux d'Abraham Polonsky : Sigmund
* 1971 : Le Traître de Milan Kosovac : Mornar
* 1972 : Trop jolies pour être honnêtes de Richard Balducci : Albert
* 1972 : La Dernière Violette d'André Hardellet : le tueur
* 1974 : Les Diablesses d'Anthony M. Dawson : l'inspecteur de police
* 1975 : Sérieux comme le plaisir de Robert Benayoun : l'inconnu du lac
* 1980 : Je vous aime, de Claude Berri : Simon
* 1982 : Le Grand Pardon d'Alexandre Arcady (seulement apparition)
* 1986 : Charlotte for Ever : Stan
Courts métrages et clips
* 1981 : Le Physique et le figuré
* 1982 : Marianne Faithfull
* 1982 : Scarface
* 1984 : Renaud, Morgane de toi
* 1985 : Total
* 1985 : Bubble Gum
* 1985 : Serge et Charlotte Gainsbourg, Lemon Incest
* 1986 : Indochine, Tes yeux noirs
* 1987 : Springtime in Bourges
* 1987 : Charlotte Gainsbourg, Charlotte For Ever
* 1990 : Jane Birkin, Amours des feintes
Exposition
* 2008–2009 : La Cité de la musique consacrera une exposition à Serge Gainsbourg du 14 octobre 2008 au 11 janvier 2009 — Conception par Frédéric Sanchez
Bibliographie
Ouvrages écrits par ou en collaboration
* 1968 : Chansons cruelles
* 1971 : Melody Nelson
* 1980 : Evguenie Sokolov
* 1980 : Au pays des malices
* 1980 : Des corps naturels, album de photos de nus féminins par Jacques Bourboulon avec Trois variations pour un sonnet (Variation 1 – Variation 2 – Variation 3), trois poèmes érotiques de Serge Gainsbourg, Éditions Filipacchi / Union des Éditions Modernes, Paris, première édition 1980, ISBN 2850181846
* 1981 : Bambou et les poupées
* 1983 : Black out, avec Jacques Armand - Bande dessinée
* 1986, 1992 : Gainsbourg, avec Alain Coelho et Franck Lhomeau
* 1987, 1991 : Mon propre rôle 1 - Folio ISBN 2-07-038445-4
* 1987, 1991 : Mon propre rôle 2 - Folio ISBN 2-07-038446-2
* 1987 : Où es-tu Melody ?, avec Lusse - Bande dessinée ISBN 2869670354
* 1991 et 1994 : Mauvaises nouvelles des étoiles - Éditions Points ISBN 202022688X
* 1994 : Dernières nouvelles des étoiles - Librairie Plon/Pocket ISBN 2-266-06792-3
Ouvrage de référence
* 2005 : Yves-Ferdinand Bouvier et Serge Vincendet, L'Intégrale et cætera, Éditions Bartillat, 970 pages de textes de Serge Gainsbourg dont 117 inédits, ISBN 2-84100-341-8
Biographies
* 1986 : Lucien Rioux, Serge Gainsbourg - Éditions Seghers, Paris ISBN 2-221-04526-2
* 1994 : Marie-Dominique Lelièvre, Gainsbourg sans filtre - Editions Flammarion ISBN 2080666789
* 1996 : Gilles Verlant & Isabelle Salmon, Gainsbourg et cætera - 1 CD-Livre - Éditions Vade Retro ISBN 2-909828-18-2
* 2000 : Gilles Verlant, Gainsbourg - Éditions Albin Michel, Paris ISBN 2-226-12060-2
* 2005 : Franck Maubert, Gainsbourg for ever ISBN 2350120309
* 2005 : Christophe Marchand-Kiss, Le Génie sinon rien ISBN 2845971672